Inscrivez-vous à la lettre d'informations de MGSD.org.
L'adiponectine

1- Qu’est ce que l’adiponectine (ADPN)?
Le tissu adipeux joue le rôle d'un organe endocrine et paracrine actif sécrétant plusieurs médiateurs, les adipokines, qui participent à divers processus métaboliques. Le gène de l'ADPN a été localisé sur le chromosome 3q27 chez l’homme1. Il est constitué de 247 acides aminés et possède 3 isoformes principales dans le plasma : poids moléculaire élevé (high molecular weight), poids moléculaire moyen (medium molecular weight) et poids moléculaire faible (low molecular weight). Initialement, on pensait que l'ADPN était exclusivement synthétisée par les adipocytes; cependant une étude récente suggère qu’elle pourrait être aussi synthétisée et sécrétée par les cardiomyocytes2. Cette adipokine agit via deux récepteurs AdipoR1 et AdipoR2 qui sont exprimés principalement dans les muscles squelettiques pour le premier et le foie pour le second3. La sécrétion de l'ADPN par les adipocytes est soumise à une régulation hormonale. Son expression diminue après stimulation par l'insuline, le TNF-alpha, l'endothéline 1 et les glucocorticoïdes, tandis que la transcription semble augmenter après un traitement par IGF-1 4.
 
2- Quel est le lien entre l’ADPN, l'obésité, le syndrome métabolique et le diabète de type 2 ?
Les concentrations d'ADPN sont diminués chez les obèses, bien que la masse de tissu adipeux soit augmentée. Mais ces concentrations sont en corrélation négative avec les concentrations plasmatiques d'insuline, l'insulinorésistance, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires, tandis que la perte de poids et l'administration de médicaments insulino-sensibilisants comme les thiazolidinediones augmentent les concentrations d’ADPN 5. Les études réalisées chez l’animal suggèrent qu’une hypoadiponectinémie pourrait être le facteur principal qui conduit au développement de l'obésité et des phénotypes qui lui sont liés 6. L'administration d’APDN globulaire recombinante à l’animal entraîne une perte de poids et une amélioration de la sensibilité à l'insuline et de la tolérance au glucose via la stimulation de l'utilisation du glucose et l'oxydation des acides gras dans le muscle squelettique, une diminution de la production hépatique de glucose et de la néoglucogenèse 7. En plus de son rôle de marqueur clinique de la susceptibilité à l'insulinorésistance, plusieurs études chez l’animal ont montré qu’il existe une association moléculaire entre cette adipokine et l’intolérance au glucose. Zacharova et al 8 ont constaté que le gène de l’ADPN est un gène de susceptibilité au diabète de type 2 chez les intolérants au glucose qui avaient un risque élevé de développer un diabète de type 2. D’ailleurs, ils ont démontré que l’allèle G du SNP +45 était associé à un risque relatif de 1,8 de diabète de type 2, les sujets qui avaient les deux allèles SNP +45 (allèle G) et SNP +276 (allèle T) avaient un risque encore plus grand de développer le diabète que les sujets ne portant aucun de ces allèles.
 
3- Quel est le lien entre l’ADPN d’une part et l’athérosclérose et les maladies cardiovasculaires d’autre part ?
L’ADPN est un régulateur moléculaire de l'athérosclérose. Il semble qu’elle protège contre toutes les étapes de la formation des plaques d’athérome, en conservant l’endothélium dans un état fonctionnel et sain, en empêchant l'initiation, la formation et la progression des plaques et en protégeant contre la rupture de ces plaques et la formation de thromboses. Parallèlement à son rôle protecteur, l’ADPN peut limiter la remodélisation pathologique cardiaque qui entraîne à une hypertrophie et un dysfonctionnement diastolique, et fournir une protection vis à vis des lésions d'origine ischémique. Les concentrations les plus faibles d’adiponectine sont aussi liées à la présence d’une cardiopathie ischémique et pourraient être un facteur de risque d’événements cardiovasculaires. Récemment, Wolk et al 9 ont montré que les concentrations les plus élevées d’adiponectine étaient associées à un moindre risque de syndrome coronaire aigu, indépendamment des autres facteurs de risque métaboliques et cardiovasculaires connus.
 
4- Adiponectine et diabète de type 1:
Chez les diabétiques de type 1, l’ADPN a été moins étudiée, car cette hormone est plus liée à la physiopathologie du diabète de type 2, à l'obésité, à l'insulinorésistance et au syndrome métabolique qu’aux processus auto-immuns du diabète de type 1. Chez ces patients, des résultats contradictoires ont été observés. Hadjadj et al ont montré que les concentrations plasmatiques d’ADPN étaient manifestement plus élevées chez les patients diabétiques de type 1 que chez les témoins non-diabétiques, de même que les concentrations d’ADPN les plus élevées étaient associées à une microangiopathie évolutive par l'occurrence de microalbuminurie et la présence d’une rétinopathie sévère 10. Dans une autre étude similaire, Frystyk et al ont aussi observé des concentrations d’ADPN élevées chez les diabétiques de type 1 comparés aux témoins non-diabétiques ; en outre, les concentrations étaient plus élevées en présence d’une néphropathie que chez les patients dont la fonction rénale était normale. Les mêmes observations ont été notées par Saraheimo et al qui en plus soulignent que l’ADPN croît progressivement selon l’importance de la détérioration de la fonction rénale12. Aucune explication n’a été apportéee ; en fait, les auteurs s'attendaient initialement à une diminution des concentrations plasmatiques d’ADPN en présence de lésions de microangiopathie, sachant que cette dernière est associée à une inflammation chronique d’intensité modérée.
Des concentrations plasmatiques basses d'APDN étant en corrélation avec l'obésité et les maladies métaboliques liées au diabète de type 2, les stratégies qui augmentent l'ADPN pourraient améliorer globalement la santé en empêchant le développement du syndrome métabolique. Néanmoins le paradoxe de cette cytokine chez les diabétiques de type 1 doit être élucidé.



1- Takahashi M, Arita Y, Yamagata K, Matsukawa Y, Okutomi K, Horie M, Shimomura I et al. Genomicstructure and mutations in adipose-specific gene, adiponectin. Int J Obes Relat Metab Disorder 2000; 24: 861-868
2- Pineiro R, Iglesias MJ, Gallego R, Raghay K, Eiras S, Rubio J, Dieguez C, Gualillo O,
Gonzalez-Juanatey JR, LagoF. Adiponectin is synthesized and secreted by human and murine cardiomyocytes. FEBS Letts 2005; 579:5163-5169
3- Yamauchi T, Kamon J, Waki H, Terauchi Y, Kubota N, Hara K, Mori Y, Ide T et al. The fat-derived hormone adiponectin reverses insulin resistance associated with both lipoatrophy and obesity. Nat Med 2001; 7: 941-946
4- Gil-Campos M, Canete R, Gil A. Adiponectin, the missing link in insulin resistance and obesity. Clin Nutr 2004; 23: 963-974
5- Hotta K, Funahashi T, Arita Y, Takahashi M, Matsuda M, Okamoto Y et al. Plasma concentrations of a novel, adipose-specific protein, adiponectin, in type 2 diabetic patients. Arterioscler Thromb Vasc Biol 2000; 20:1595-1599
6- Hotta K, Funahashi T, Bodkin NL, et al. Circulating concentrations of the adipocyte protein adiponectin are decreased in parallel with reduced insulin sensitivity during the progression to type 2 diabetes in rhesus monkeys. Diabetes 2001; 50:1126-1133
7- Berg AH, Combs TP, Du X, Brownlee M, Scherer PE. The adipocyte-secreted protein Acrp30 enhances hepatic insulin action. Nat Med 2001; 7: 947-953
8- Zacharova J, Chiasson J-L et al: The Common Polymorphisms (Single Nucleotide Polymorphism [SNP] + 45 and SNP +276) of the Adiponectin Gene Predict the Conversion From Impaired Glucose Tolerance to Type 2 Diabetes. Diabetes 2005; 54:893-899
9- Wolk R, Berger P et al. Association between plasma adiponectin levels and unstable coronary syndromes. Europ Heart J 2007; 28, 292-298
10- Hadjadj S, Aubert R, Fumeron F, Pean F, Tichet J, Roussel M, Marre M. Increased plasma adiponectin concentrations are associated with microangiopathy in type 1 diabetic subjects. Diabetologia 2005; 48: 1088-92.
11- J. Frystyk, L. Tarnow, T. Krarup Hansen, H.H. Parving, A. Flyvbjerg. Increased serum adiponectin levels in type 1 diabetic patients with microvascular complications. Diabetologia 2005; 48: 1911-1918.
12- M. Saraheimo, J. Frystyk, C. Forsblom, A. Flyvbjerg, J. Fagerundd, P.H. Groop, A.M. Teppo and Pettersson-Fernholm K. Serum adiponectin is increased in type 1 diabetic patients with nephropathy, Diabetes Care 2005; 28: 1410–1414.
Ce site est la propriété du MGSD © 2008 Mediterranean Group for the Study of Diabetes - Tous droits réservés.