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Diabète et dépression

Il est déjà établi que la dépression était associée à un excès de mortalité chez les patients atteints d’un diabète de type 2. En 2005, l’étude de  Fremantle  1 a demontré que la dépression chez ces patients était associée à une plus longue durée de diabète, une incidence élevée de risques cardiovasculaires, de maladies coronariennes, cérébrovasculaires et de complications microvasculaires que chez les diabétiques non-déprimés. Cependant la dépression n'est pas un facteur prédictif indépendant de mortalité toutes causes confondues ou de mortalité d’origine cardiovasculaire dans le diabète de type 2.
 
Katon et al 2 ont évalué la mortalité des patients atteints d’une dépression majeure ou mineure associée au diabète, au cours d'une étude de suivi de 3 ans qui a inclus 4 154 patients. Les pourcentages de décès étaient respectivement de 8,3%, 16,3% et 11,9% chez les patients non-déprimés, chez les patients atteints d’une dépression mineure et parmi les patients présentant une dépression majeure. Un modèle statistique d’ajustement sur l'âge, le sexe, l’appartenance ethnique et le niveau social a montré que l’existence d’un syndrome dépressif majeur était associé à une augmentation de 2,30 du risque relatif de mortalité, et que l’existence d’un syndrome dépressif mineur à un risque relatif de 1,67. Cela montre que la dépression, majeure ou mineure, est fortement associée à un risque accru de mortalité. Egede et al ont démontré que la coexistence du diabète et de la dépression était associée à un risque élevé de mortalité toutes causes confondues, au-delà du risque spécifique lié à chacune de ces maladies 3. En effet, ils ont divisé les patients inclus en quatre groupes selon la présence ou l’absence de diabète et de dépression et ont évalué les effets de la dépression sur la mortalité globale et la mortalité cardiovasculaire. Après 8 ans de suivi, le taux de mortalité pour 1000 patients- années le plus élevé était observé dans le groupe des patients diabétiques déprimés.
 
Cela pourrait être dû à un mauvais contrôle glycémique se fondant sur des anomalies de l'axe hypothalamo-pituitaire aussi bien qu'à une augmentation du risque d'infarctus du myocarde et d’accidents vasculaires cérébraux. La dépression est associée à des altérations de l’adhésion et de l’agrégation plaquettaires, à une augmentation des marqueurs d’inflammation comme la CRP, à une dysfonction endothéliale, une augmentation de l'activité sympatho-adrénergique et une variabilité plus marquée du segment QT. Des facteurs tant comportementaux que biologiques pourraient expliquer cette association. Les patients diabétiques adhèrent moins aux règles hygiéno-diététiques (régime, exercice physique et arrêt de tabac) et aux médicaments (antidiabétiques oraux, hypolipidémiants et antihypertenseurs).
 
Existe-t-il une approche spécifique dans la gestion des patients diabétiques déprimés? Dans une publication récente, Bogner et al 5 ont affirmé que les centres médicaux qui mettent en œuvre un programme adapté aux diabétiques déprimés observaient un moindre risque de mortalité comparé aux pratiques de soin habituelles chez ces mêmes patients. Ces données sont issues d’une étude collaborative américaine, randomisée et contrôlée, l’étude PROSPECT (Prevention of Suicide in PrimaryCare Elderly: Collaborative Trial). Après un suivi moyen de 5 ans de 584 participants, 110 patients déprimés étaient décédés. Même en ajustant sur les paramètres qui différaient selon les groupes à l’inclusion, les patients déprimés qui suivaient le programme avaient un taux de mortalité inférieur à celui des autres patients déprimés. L’essai IMPACT (ImprovingMood-Promoting Access to Collaborative Treatment) a montré que le pronostic à un an des sujets diabétiques pris en charge dans un centre spécialisé était plus favorable que celui de leurs homologues suivis dans des centres habituels, bien que les taux d’HbA1c ne soient pas modifiés par l'intervention 6. Dans l'Étude Pathways, 329 patients présentant un diabète et une dépression ou une dysthymie ont été randomisés entre centre spécialisé dans le traitement de la dépression vs. centre médical habituel. Cette étude a montré que le pronostic de la dépression était amélioré en centre spécialisé, mais non les taux d’HbA1c en fin d’étude7.
 
En abordant le problème d’une façon différente, la dépression est-elle un facteur de risque de diabète ? Il existe quelques données qui suggèrent que les individus déprimés soient prédisposés à développer un diabète de type 2, bien que les résultats de différentes études soient contradictoires. Aroyo et al 8 ont observé que les symptômes dépressifs étaient associés à une augmentation modeste du risque de diabète de type 2 chez les femmes. Ces données ne sont pas extrapolables à la population générale, car, dans un échantillon de la population américaine, Saydah et al 9 n'ont pas trouvé de causalité étiologique de la dépression prédisposant au diabète. En fait, ils ont conduit des analyses longitudinales chez 8870 sujets caucasiens ou afro-américains indemnes d’antécédents de diabète. L'incidence du diabète était de 6,9/1000 sujets-années chez ceux qui présentaient les symptômes de dépression les plus marqués, de 6,0/1000 chez ceux dont les symptômes étaient modérés et de 5,0/1000 chez les sujets asymptomatiques. Après ajustement pour l'âge, le sexe, la race, l'éducation et les facteurs de risque de diabète connus (comme l'indice de masse corporelle et l'exercice physique), l'incidence du diabète n’était pas supérieure chez les sujets symptomatiques que chez ceux qui n’avaient pas de troubles de l’humeur.
 
La dépression est une condition sérieuse chez les personnes âgées; il semble que son association avec le diabète détériore la qualité de vie et diminue la survie. Une attention spéciale devrait lui être portée.



1- Bruce DG, Davis WA, Starkstein SE, Davis TM. A prospective study of depression and mortality in patients with type 2 diabetes: the Fremantle Diabetes Study. Diabetologia 2005; 48: 2532-9
2- Katon WJ, Rutter C, Simon G, Lin EH, Ludman E, Ciechanowski P, Kinder L, Young B, Von Korff M. The association of comorbid depression with mortality in patients with type 2 diabetes. Diabetes Care 2005; 28: 2668-72.
3- Egede LE, Nietert PJ, Zheng D. Depression and all-cause and coronary heart disease mortality among adults with and without diabetes. Diabetes Care 2005; 28:1339-45.
4- Lin EH, Katon W, Von Korff M, Rutter C, Simon GE, Oliver M, Ciechanowski P, Ludman EJ, Bush T, Young B. Relationship of depression and diabetes self-care, medication adherence, and preventive care. Diabetes Care 2004; 27: 2154-2160
5- Bogner HR, Morales KH, Post EP, Bruce ML. Diabetes, depression, and death: a randomized controlled trial of a depression treatment program for older adults based in primary care (PROSPECT). Diabetes Care 2007; 30: 3005-10
6- Katon WJ, Von Korff M, Lin EH, Simon G, Ludman E, Russo J, Ciechanowski P, Walker E, Bush T. The Pathways Study: a randomized trial of collaborative care in patients with diabetes and depression. Arch Gen Psychiatry 2004; 61:1042-1049
7- Williams JW, Katon W, Lin EHB, Nöel PH, Worchel J et al, IMPACT Investigators. The effectiveness of depression care management on diabetes-related outcomes in older patients. Ann Intern Med 2004; 140: 1015-1024
8- Arroyo C, Hu FB, Ryan LM, Kawachi I, Colditz GA, Speizer FE, Manson J. Depressive symptoms and risk of type 2 diabetes in women. Diabetes Care.2004; 27: 129-33.
9- Saydah SH, Brancati FL, Golden SH, Fradkin J, Harris MI. Depressive symptoms and the risk of type 2 diabetes mellitus in a US sample. Diabetes Metab Res Rev. 2003; 19: 202-8

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